Berlin Dans La Guerre Froide Dissertation Meaning

La dissuasion nucléaire constitue un des faits majeurs de la Guerre Froide entre les États-Unis et l'URSS, non que l’arme nucléaire soit à l’origine de leur face à face, mais parce qu’elle joue un rôle central dans les stratégies de défense et les relations internationales durant toute cette période de l'histoire.

La dissuasion consiste à prévenir un acte en persuadant celui qui l'envisage que les coûts qui en résulteraient inéluctablement en excèdent les bénéfices attendus[1]. L'application de la théorie de la dissuasion aux relations internationales et aux questions de défense n'est pas nouvelle : l'idée que la possession de moyens militaires puissants soit de nature à dissuader un pays ennemi d'attaquer remonte à l'Antiquité[2]. Mais l'arme atomique a complètement renouvelé la place de la dissuasion dans les stratégies de défense car sa puissance sans égale dans l'histoire et l'instantanéité de sa mise en œuvre rendent possible la destruction en quelques heures de pays comme les États-Unis ou la Russie dont l'immensité ou la position géostratégique leur avaient permis de vaincre leurs adversaires dans la durée même après avoir subi des attaques surprises dévastatrices[3]. La dissuasion nucléaire déplace la question centrale que se posent les stratèges de « Comment gagner la guerre ? » à « Comment éviter la guerre ? »[4].

La dissuasion se base sur la peur du recours par l'autre à l'arme nucléaire : lorsque les deux adversaires la possèdent, la dissuasion réciproque dépend avant tout de la capacité de l'agressé à conserver des moyens suffisants de frappe nucléaire contre l'agresseur après avoir subi une première frappe atomique : c'est la « capacité de seconde frappe », élément moteur de la course aux armements qui a opposé les deux superpuissances durant la guerre froide et qui caractérise ce que l'on a appelé l'équilibre de la terreur.

Pour bien fonctionner la dissuasion suppose que les adversaires sont capables d'évaluer les coûts et les avantages de leurs actions selon des critères rationnels comparables[5]. Les critiques formulées quant à la validité du concept de dissuasion mettent notamment en avant l'altération du jugement des décideurs en période de crise ou la possibilité d'une mauvaise interprétation des intentions de l'autre qui peuvent conduire à des décisions irrationnelles au regard du principe sur lequel repose la dissuasion[6]. Une autre faiblesse de la théorie de la dissuasion n'est pas tant l'irrationalité potentielle d'une décision que l'incompréhension réciproque des objectifs et des valeurs de chaque partie pouvant conduire à des décisions rationnelles pour l'une mais irrationnelles pour l'autre et qui peuvent donc la surprendre et déclencher un engrenage dangereux[7] et à une mauvaise compréhension des enjeux et des intentions de l'adversaire[8].

Pendant la guerre froide, les dirigeants occidentaux et soviétiques se sont continuellement posés la question : « Et si la dissuasion échouait et qu'éclate un conflit dans lequel des armes nucléaires commenceraient à être employées ? ». Effrayés des conséquences d'un holocauste nucléaire, ils ont pris après la crise de Cuba des mesures pour diminuer les risques inhérents à la dissuasion par des mesures permettant de communiquer notamment en temps de crise, de connaître les intentions de l'adversaire par tous types de moyens d'observation et d'espionnage et de maîtriser les décisions d'emploi de ces armes par la centralisation et le renforcement de la sécurité de la chaîne de commandement. Américains et soviétiques ont cherché en permanence à évaluer le caractère essentiellement défensif ou agressif de la politique de l'autre camp vis-à-vis de leurs intérêts vitaux, chacun ayant eu tendance à prêter à l'autre des intentions plus agressives que la réalité telle qu'elle peut être connue aujourd’hui grâce aux archives disponibles. Un exemple caractéristique de cette situation est que Brejnev était convaincu en 1981 que les États-Unis préparaient une attaque majeure contre le Pacte de Varsovie ; il lance l'opération RYAN qui mobilise les moyens d'espionnage du Bloc de l'Est pour essayer de déterminer quand aura lieu cette attaque[9].

Winston Churchill exprime dans son discours d'adieu à la politique prononcé en mars 1955[10] ce tragique paradoxe qui fait dépendre la sécurité du monde d'armes capables de le détruire : « Il se peut que, par une sublime ironie, nous ayons atteint un stade de notre Histoire où notre sécurité est enfant de la terreur et notre survie le frère jumeau de l'annihilation[11] ». Cette prise de conscience ne se limite pas à un cercle restreint de politiques et de militaires, mais s'étend à l'ensemble de la population, notamment en Europe, alertée par les médias sur les effets terrifiants de l'arme atomique, auprès de qui elle engendre une crainte de dévastation de la civilisation plus ou moins aigüe en fonction des périodes de crise ou de détente des années de la guerre froide.

Historique de l'ère nucléaire pendant la guerre froide[modifier | modifier le code]

L'histoire de l'ère nucléaire commence le 6 août 1945 par le bombardement d'Hiroshima suivi le 9 août par celui de Nagasaki. L'Union soviétique devient à son tour une puissance nucléaire en 1949, la Grande-Bretagne en 1952, la France en 1960 et la Chine en 1964. Le face à face nucléaire des deux Grandes puissances mobilise des moyens considérables et polarise l'attention du monde entier jusqu'à l'effondrement de l'URSS en 1990. Cependant, l'Europe des blocs de l'Ouest et de l'Est est une zone de concentration de populations, de richesses, et de moyens militaires nucléaires et conventionnels où se développent des stratégies nucléaires complémentaires ou en marge de celles développées par les deux Grands dans leur face à face, d'autant que la Grande-Bretagne et la France quoique alliées aux États-Unis sont des puissances nucléaires et ont une politique étrangère en propre.

Le face à face nucléaire des États-Unis et de l'Union soviétique[modifier | modifier le code]

Article connexe : Forces armées de l'OTAN et du Pacte de Varsovie.

Supériorité stratégique des États-Unis[modifier | modifier le code]

Les tâtonnements de la politique nucléaire des États-Unis[modifier | modifier le code]

Dans les années 1945 - 1950, l'arme nucléaire ne représente encore qu'un potentiel stratégique limité et son emploi éventuel ne relève pas encore de doctrines bien établies. Du côté américain, Truman s'interroge sur la légitimité de cette arme. Il engage une démarche d'interdiction de l'arme nucléaire qui aboutit au plan Baruch présenté aux Nations unies en juin 1946 mais rejeté par l'URSS à l'issue de discussions qui durèrent jusqu'en 1948. Parallèlement Truman fait poursuivre le programme de développement des armes nucléaires en décidant notamment en janvier 1950 de poursuivre les études sur la bombe H beaucoup plus puissante que la bombe A utilisée à Hiroshima. Il confie au général LeMay le commandement du SAC avec l'objectif de développer une puissante force de bombardiers stratégiques à capacité nucléaire, dans le prolongement de la culture militaire américaine fortement axée sur le bombardement stratégique comme ce fut le cas pendant la Seconde Guerre mondiale.

Staline de son côté prend conscience dès 1945 du bouleversement créé par l'arme atomique. Il ne se laisse pas impressionner[12] par le monopole nucléaire américain du fait du petit nombre de bombes disponibles, des freins politiques et psychologiques à leur emploi et dans le pire cas de la relative faiblesse des dommages qu'elles pourraient infliger à l'URSS comparée à ceux subis pendant les années précédentes de son pouvoir. Sa politique consiste d'une part à faire avancer à marche forcée le programme nucléaire soviétique[13], avec pour résultat l'explosion d'une première bombe en 1949, et d'autre part à dérouler méthodiquement sa politique de constitution d'un bloc autour de l'URSS afin de garantir la sécurité de son territoire et la pérennité du système politique communiste. Les armes nucléaires stratégiques des soviétiques n'ont pas immédiatement la capacité à atteindre les États-Unis depuis le sol russe. Aussi la dissuasion soviétique s'appuie initialement sur des armes à portée intermédiaire capables d'atteindre l'Europe. Ces armes sont aussi à l'origine de la Crise des missiles de Cuba d'où elles menacent directement le sol américain.

La dissuasion nucléaire devient une composante essentielle des stratégies de sécurité et de défense des principaux pays protagonistes de la guerre froide à partir du début des années 1950, avec l'expérimentation des premières armes thermonucléaires[14] américaines et des premières bombes nucléaires soviétiques[15]. Les États-Unis formalisent leur stratégie vis-à-vis de l'Union soviétique pour la première fois dans le document NSC-68 approuvé en avril 1950 par Truman, qui conclut à la nécessité d'un renforcement des moyens militaires conventionnels et nucléaires pour faire face à la menace soviétique que les auteurs de ce rapport dont Paul Nitze décrivent en termes très inquiétants[16]. L'éclatement de la guerre de Corée en juin 1950 confortera cette vision qui consacre définitivement l'état de guerre froide et la course aux armements nucléaires.

Eisenhower hérite en 1952 d'une situation où les États-Unis possèdent encore une supériorité stratégique très nette sur l'Union soviétique mais où l'économie souffre de l'importance des dépenses militaires résultant du conflit coréen et de l'aide apportée aux alliés européens. La doctrine stratégique d'emploi des armes nucléaires est formalisée en octobre 1953 par la directive NSC 162/2[17], dite « New Look Defense Policy ». Fort de son passé militaire et de sa crédibilité en découlant, Eisenhower rend publique par la voix de John F. Dulles en janvier 1954 la doctrine des représailles massives[18] en riposte à toute attaque ennemie, dont l'avantage est de permettre d'économiser sur les dépenses militaires mais dont la crédibilité peut être mise en doute par un adversaire déterminé.

La diplomatie nucléaire « au bord du gouffre »[modifier | modifier le code]

Jusqu'à la crise des missiles de Cuba en 1962, les deux Grands pratiquent à plusieurs reprises la « diplomatie nucléaire », c'est-à-dire la menace plus ou moins explicite d'emploi de ces armes si la partie adverse n'accède pas à leurs demandes. En 1949, lors du blocus de Berlin, Truman agite la menace de l'emploi de cette arme et envoie en Angleterre des bombardiers stratégiques B-29, qui en réalité ne sont pas en état opérationnel de larguer des bombes atomiques. En Corée, il n'envisage jamais l'emploi de cette arme et limoge le général Douglas MacArthur pourtant très populaire mais qui pousse fortement dans le sens contraire. Dans les années 1950, Eisenhower met en alerte les forces nucléaires à plusieurs reprises pour appuyer sa politique vis-à-vis de la Chine communiste ou dans le contexte de la crise du canal de Suez en 1956. Et Kennedy fait de même en réponse aux initiatives soviétiques à Berlin et à Cuba.

Du côté soviétique, si Staline n'a pas eu les moyens d'exercer un tel chantage nucléaire, Nikita Khrouchtchev fait un usage irraisonné d'une politique « au bord du gouffre » qui conduit aux crises et aux risques d'affrontement nucléaire les plus graves de la guerre froide. Le dirigeant soviétique est conscient de la faiblesse de son arsenal, mais il utilise au mieux les essais nucléaires et les premiers lancements réussis de missiles pour faire des déclarations tonitruantes dans l'objectif d'être considéré par les États-Unis sur un pied d'égalité et d'en tirer des avantages politiques et stratégiques substantiels. Il croit, comme Eisenhower, que l'arme nucléaire permet aussi de réduire les forces conventionnelles et par là l’extrême tension que les budgets militaires font peser sur l'économie soviétique[19]. En deux occasions au moins, les dirigeants soviétiques brandissent la menace de la guerre nucléaire, lors de la Crise du canal de Suez en 1956 et lors de la seconde crise de Berlin qui se conclura par la construction du mur en 1961.

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Remise en cause de la doctrine des représailles massives[modifier | modifier le code]

Au milieu des années 1950, les États-Unis sont encore confiants dans leur supériorité nucléaire et leur capacité à sortir vainqueur mais non indemne d'une confrontation nucléaire avec l'Union soviétique. Eisenhower demande au dirigeant du MIT James Killian de présider un comité de 46 membres chargé d'évaluer le rapport de forces entre les États-Unis et l'Union soviétique, ainsi que la probabilité d'une attaque par les soviétiques. Après 5 mois de réunions tenues secrètes, le « Panel Killian » produit son rapport Meeting the Threat of a Surprise Attack[20]. Ce rapport présenté à Eisenhower en février 1955 recommande fortement le développement de missiles balistiques intercontinentaux et de portée intermédiaire, la mise en œuvre d'une surveillance aérienne et satellitaire de l'Union soviétique, ainsi que le développement de missiles lancés par des sous-marins. Ces recommandations sont à l'origine du développement accéléré de la triade de missiles Atlas (ICBM), Jupiter (IRBM) et Polaris (SLBM) et de l'avion espion U-2.

Dans les années 1956/57 le doute augmente sur la stratégie officielle américaine de représailles massives et plus généralement sur la possibilité de gagner une guerre nucléaire. Les progrès soviétiques rendent chaque jour plus improbable la capacité de réduire à presque rien leurs capacités de riposte après une première frappe. Le rapport Gaither[21] remis à Eisenhower en novembre 1957 alerte fortement sur les capacités de l'URSS et les faiblesses de la défense des États-Unis[22].

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À la fin des années 1950, une campagne est orchestrée sur l'existence d'un « missile gap », c'est-à-dire d'un retard des États-Unis par rapport à l'URSS en matière de missiles. Cette crainte provient en partie du choc que constitue dans l'opinion publique le lancement du premier satellite artificiel par les soviétiques, Spoutnik 1 en octobre 1957. Le lancement de Spoutnik en 1957 a un énorme impact psychologique sur la population américaine qui prend conscience du jour au lendemain qu’un Pearl Harbor nucléaire est peut-être possible. Cette crainte est amplifiée par l’US Air Force qui allègue d’un « bomber gap » puis d’un « missile gap » pour obtenir plus de moyens, par l’agressivité supposée de l’Union soviétique et sa capacité perçue à accepter des pertes humaines considérables et par le manque d’information fiable fournie par la CIA[23] sur l’état réel des moyens militaires soviétiques. Spoutnik fait craindre que les Soviétiques aient une longueur d’avance dorénavant sur les Américains et se retrouvent dès lors dans la situation des États-Unis quelques années auparavant de pouvoir considérer une attaque massive pour assurer la victoire du communisme, par un régime n’ayant pas les mêmes contraintes politiques et morales que la démocratie américaine.

En réalité jusqu'au début des années 1960, l'URSS possède des forces nucléaires capables de frapper en Europe mais ne dispose que de très peu de missiles intercontinentaux opérationnels ce que sait parfaitement Eisenhower. Kennedy, qui a exploité ce thème du "missile gap" pendant sa campagne électorale, est mis au fait de la situation dès son arrivée à la Maison Blanche, et s'appuie sur la supériorité encore bien réelle des États-Unis dans le règlement à l'avantage des occidentaux des crises de Berlin et de Cuba.

La réalité du côté soviétique, telle qu’il est possible aujourd’hui de mieux la comprendre depuis la chute de l’empire soviétique, est assez différente : la mort de Staline en 1953 permet que s’instaure dans les années 1954-58 un vrai débat sur la stratégie militaire du pays dont les dirigeants savent bien qu’il accuse encore un retard considérable sur les Américains, en dépit de ce que leur propagande et leurs premières gesticulations nucléaires essaient de faire croire à l’occident. Khrouchtchev, Malenkov et les maréchaux sont conscients du caractère effroyable de l’arme nucléaire. Ils savent aussi que leur pays est passé de peu à côté de la défaite en 1941/42 face aux Nazis et qu’il est sorti exsangue du second conflit mondial. Interdite du vivant de Staline, la reconnaissance des mérites de l’effet de surprise en matière stratégique est devenue possible. De manière symétrique avec ce qui se passe aux États-Unis, les lobbies militaires et industriels poussent à la course technologique et quantitative aux armements, le programme de construction de missiles intercontinentaux se met en place avec un fort niveau de priorité.

L'entrée dans l'ère de la « Destruction mutuelle assurée »[modifier | modifier le code]

L'effort des soviétiques finit par porter ses fruits et lors de la réunion[24] du Conseil de sécurité nationale (NSC) du 12 septembre 1963 Kennedy est averti que dans tous les scénarios étudiés sur les 5 prochaines années, les États-Unis comme l'URSS souffriraient de dommages immenses en cas de guerre nucléaire. Le monde est entré dans l'ère de l'équilibre de la terreur (ou en anglais : Mutual Assured Destruction, les initiales MAD signifiant « fou »)[25], caractérisé par la capacité de seconde frappe de chacun des deux Grands, c'est-à-dire d'infliger des dommages immenses à l'autre même après une attaque surprise massive contre son territoire ou ses intérêts vitaux [26]. Nikita Khrouchtchev est conscient de cette situation, ce qui le conduit à introduire la notion de coexistence pacifique par laquelle la guerre entre les deux systèmes capitalistes et communistes n'est pas inévitable et que le communisme triomphera in fine grâce aux contradictions internes au capitalisme et à la supériorité du système communiste. La théorie de la destruction mutuelle assurée s'impose et elle restera jusqu'à la chute de l'empire soviétique la pierre angulaire de la politique extérieure des deux Grands.

Au même moment, Américains et Soviétiques doivent aussi traiter de ces questions nucléaires au sein de leur propre camp. La rupture des relations entre les deux leaders du monde communiste entraîne l'arrêt brutal le 20 juin 1959 de l'aide apportée à la Chine par l'Union soviétique, qui dénonce ainsi l'engagement pris le 15 octobre 1957 de lui fournir une bombe atomique et les données techniques de sa fabrication[27]. La Chine prend un retard important dans son programme nucléaire et ne fait éclater sa première bombe atomique qu'en 1964. La France du général de Gaulle de son côté choisit de se retirer de l'organisation militaire intégrée de l'OTAN, compliquant ainsi les plans militaires de l'Alliance et affaiblissant la crédibilité des représailles américaines en cas d'attaque soviétique en Europe.

Maintien de la parité stratégique entre les deux Grands[modifier | modifier le code]

Les incertitudes quant aux intentions réelles de chaque grande puissance vis-à-vis de sa rivale et quant au risque de voir l'un des deux camps reprendre un avantage stratégique grâce à des progrès technologiques spectaculaires ont hanté les décideurs politiques et militaires pendant les années 1970 et 1980. Les deux camps sont également pleinement conscients qu'une guerre nucléaire serait dévastatrice et brève, interdisant toute possibilité de montée en puissance stratégique comme ce fut le cas pendant la Seconde Guerre mondiale où les États-Unis comme l'Union Soviétique purent prendre progressivement l'avantage sur le Japon et l'Allemagne par la mobilisation de ressources économiques et humaines beaucoup plus importantes que celles de leurs opposants rendant quasi inéluctable leur victoire. Ce second conflit mondial, marqué par les attaques surprises du Japon (Pearl Harbor) et de l'Allemagne (Opération Barbarossa), alimente aussi la crainte permanente en URSS comme aux États-Unis d'une attaque surprise qui ne laisserait d'autre choix que de capituler ou d'entraîner le monde dans une guerre nucléaire totale.

Course aux armements et à la supériorité technologique[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Course aux armements nucléaires.

L'atteinte de la parité stratégique aurait pu engendrer une pause dans le développement des arsenaux nucléaires, mais ce n'en est pas le cas en raison notamment des sauts technologiques de l'arsenal nucléaire américain. La décision des États-Unis de développer des ogives à tête multiples fait passer entre 1969 et 1975 le nombre de têtes nucléaires équipant les missiles stratégiques de 2 500 à plus de 7 000. Ces ogives sont guidées en phase terminale ce qui les rend beaucoup plus précises par réduction de l'erreur circulaire probable par rapport au but visé et donc capables d'être dirigées vers des cibles militaires protégées comme les ICBM soviétiques, faisant ainsi craindre une attaque surprise [28]. Dans les années 1970, l'URSS pour sa part continue de développer une force d'ICBM quantitativement plus importante que celle des États-Unis, générant en retour des craintes de tentative de rupture de l'équilibre stratégique.

Les lobbies militaires et industriels alimentent des deux côtés également fortement le développement des forces nucléaires stratégiques et tactiques. Aux États-Unis, la CIA et l'Air Force continuent de produire des prévisions sur le nombre de bombardiers stratégiques ou de missiles soviétiques dépassant la réalité. Par ailleurs, les militaires américains basent la plupart de leurs analyses sur les dommages qu'infligeraient les explosions atomiques en se fondant sur l'effet de souffle et en négligeant l'effet de chaleur et les radiations qui augmentent de manière très significative l'effet immédiat et à terme de ces armes sur les infrastructures et sur les hommes[29],[30].

Limitation des risques nucléaires[modifier | modifier le code]

Si la crise de Cuba connait un dénouement heureux, elle n'en laisse pas moins les dirigeants soviétiques et américains dans l'effroi et les incite fortement à œuvrer ensemble à des initiatives de réduction des risques nucléaires sans pour autant baisser la garde. Au début des années 1960, les technologies sont encore rudimentaires et de ce fait les chaînes de commandement fragiles et les dispositifs permettant d'analyser les données relatives à l'autre camp quasi inexistants. Par exemple durant la crise de Cuba, Khrouchtchev perd la communication avec les commandants des quatre sous-marins équipés de torpilles à charge nucléaires qu'il a envoyés croiser au large de Cuba. Ces risques d'une perte de contrôle de la situation conduisent à développer considérablement les moyens à la fois de prévention et d'alerte d'attaques nucléaires. L'exemple le plus populaire en est l'installation après la crise de cuba du téléphone rouge, liaison téléphonique directe entre le président des États-Unis et le secrétaire du PCUS.[réf. nécessaire]

Premiers accords de réduction des armements stratégiques[modifier | modifier le code]

Les administrations Kennedy puis Johnson souhaitent engager des pourparlers avec l'Union soviétique visant à limiter les armements stratégiques à partir de 1963. En 1967, les soviétiques commencent à réagir positivement à l'ouverture de négociations de désarmement. La décision semble acquise lors de la signature le 1er juillet 1968 du Traité de Non-Prolifération, mais l'intervention militaire soviétique d'août 1968 en Tchécoslovaquie donne un coup de froid aux relations entre les deux Grands. Nixon et Kissinger arrivent au pouvoir aux États-Unis en janvier 1969 et s'accordent finalement avec Brejnev pour l'ouverture de pourparlers à Helsinki le 17 novembre 1969 [31]. Ces négociations de limitation des armements stratégiques aboutissent à la signature des traités SALT I en mai 1972 [24].

Brejnev veut profondément poursuivre la politique de détente avec les États-Unis et de réduction des dépenses militaires. Le sommet de Vladivostok entre lui et Gérald Ford en novembre 1974 en est l'illustration car il faut toute l'énergie de Brejnev pour arriver à un accord de principe permettant de débloquer les négociations SALT [32]. Les progrès sont cependant lents et ce n'est qu'en juin 1979 que les accords SALT II sont signés.

Regain de tensions et craintes soviétiques d'un déséquilibre nucléaire en leur défaveur[modifier | modifier le code]

Ces accords ne sont cependant pas ratifiés car la détente laisse progressivement la place à ce que l'on appelle parfois la Seconde Guerre froide à partir de 1975, dont l'intervention soviétique en Afghanistan à l'hiver 1979 et la crise des euromissiles constituent des temps forts, gelant pour un temps la diplomatie et renforçant la solidarité atlantique comme l'illustre spectaculairement le soutien de François Mitterrand au déploiement des missiles Pershing II pour contrebalancer les SS-20 soviétiques[33].

Vers la fin de son mandat à l'été 1980, Jimmy Carter approuve une évolution de la doctrine nucléaire des États-Unis qui, sans renoncer à la primauté de la dissuasion, remet au goût du jour la possibilité d'un emploi flexible des armes nucléaires (directive PD-59[34],[35]), grâce aux progrès des technologies d'acquisition de données et de commandement, dans l'idée de pouvoir gagner une guerre nucléaire si la dissuasion échoue.

Arrivé au pouvoir en janvier 1981, Ronald Reagan adopte une attitude dure vis-à-vis des Soviétiques, notamment dans ses discours où il diabolise l'URSS et lance l'initiative de défense stratégique dont l'objectif est de constituer un bouclier spatial qui protège les États-Unis contre une attaque nucléaire. La réussite de ce programme signifierait un changement radical dans la crédibilité de l'équilibre nucléaire entre les deux grands. Il inquiète les Européens qui craignent un repli sur soi des États-Unis [36] ; le lancement du programme de recherche EUREKA est une des actions prises par les Européens pour ne pas se laisser distancer dans la course scientifique. En coulisse les échanges diplomatiques sont nombreux, mais rendus difficiles par la lente fin de règne de Brejnev qui meurt en 1982, dont les successeurs éphémères, Andropov et Tchernenko n'entreprendront aucune initiative majeure. Les tensions entre les deux Grands culminent dans les années 1981-1983. Les soviétiques s'inquiètent d'une éventuelle attaque nucléaire des États-Unis, au point que Brejnev et Andropov, alors chef du KGB, initient en 1981 une vaste opération d'espionnage baptisée RYAN afin de se procurer toutes les informations qui permettraient d'en identifier les préparatifs[9].

Fin de la guerre froide et la signature d'importants accords de réduction des armements nucléaires[modifier | modifier le code]

L'arrivée au pouvoir de Gorbatchev en mars 1985 change radicalement la donne et ouvre la voie à un retour à la détente et à une politique de part et d'autre de réduction des armements nucléaires qui se conclut par la signature de traités importants d'élimination des missiles de portée intermédiaire en Europe, mettant ainsi fin à la crise des euromissiles, et de réduction des armes stratégiques (START I).

Le face à face nucléaire en Europe[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Forces armées de l'OTAN et du Pacte de Varsovie.

En Europe, les soviétiques et leurs alliés du Pacte de Varsovie disposent d'une supériorité incontestée en matière d'armements conventionnels. L'Europe de l'Ouest organise sa défense autour de OTAN et du bouclier nucléaire stratégique américain, dont la crédibilité est renforcée par le maintien de troupes américaines sur le sol européen, qui seraient directement menacées en cas d’offensive soviétique. Cependant, dès la création de l'OTAN des doutes se font jour quant à l'emploi des armes nucléaires américaines si les soviétiques venaient à rompre le statu quo en Europe, issu des accords de Potsdam à la fin de la Seconde Guerre mondiale et de la constitution des blocs de l'Est et de l'Ouest dans les premières années de la guerre froide.

C'est dans ce contexte que le Royaume-Uni dans les années 1950 et la France dans les années 1960 accèdent également au rang de puissance nucléaire, manifestant par là au moins pour la France une volonté d'être un acteur à part entière de leur sécurité sans dépendre complètement du parapluie nucléaire des États-Unis qui contrôlent entièrement les moyens nucléaires de l'OTAN. La stratégie nucléaire de l'OTAN et le développement ou non de forces de frappe nucléaires indépendantes par les puissances occidentales en Europe constituent un des débats majeurs durant la crise de Berlin pendant la première moitié des années 1960.

La nucléarisation du théâtre d'opérations européen par l'OTAN[modifier | modifier le code]

Les progrès accomplis dans la miniaturisation des armes nucléaires qui peuvent désormais être tirées par des canons ou larguées par de nombreux types d'avions ou de missiles de théâtre d'opérations et pas seulement par les bombardiers stratégiques, incitent l'U.S. Army à développer de nombreuses armes nucléaires dites "tactiques" destinées au théâtre d'opérations européen où elles sont déployées au début des années 1950 et à réfléchir à la manière de mener une guerre atomique limitée, utilisant ces armes nucléaires tactiques mais sans exposer la planète aux risques d'une guerre totale.

Dès 1953, le Conseil de sécurité nationale des États-Unis (NSC) introduit dans un document la possibilité d'utiliser des armes nucléaires comme n'importe quel autre type d'armes. L'emploi de ces armes est prévu dans les plans du commandement général de l'OTAN à partir de 1953 [37],[38] et entériné dans la directive stratégique MC48 [39] approuvée au plus haut niveau de l'OTAN .

Le Royaume-Uni, troisième puissance nucléaire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Arsenal nucléaire du Royaume-Uni.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, le Royaume-Uni participe au Projet Manhattan qui aboutit avec succès à la conception de bombes nucléaires, sans pour autant bénéficier d'un accès à toutes les informations. En 1946, les États-Unis décident via le vote de la Loi McMahon (ou « Atomic Energy Act »[40]) de ne pas transmettre d'information relative à l'atome, ce qui oblige les Britanniques à poursuivre seuls le développement de leurs armes nucléaires. Testée le 3 octobre 1952, cette première bombe A britannique devient opérationnelle en novembre 1953 à bord des bombardiers stratégiques de type V. En 1958, le contexte change radicalement avec le signature d'un vaste accord de coopération nucléaire entre les États-Unis et la Grande-Bretagne[41]. Depuis cette date, la Grande-Bretagne ne développe plus par elle-même de vecteur nucléaire ; elle se procure aux États-Unis les missiles et les ogives qui arment les sous-marins de la classe Resolution qui forment l'ossature de sa force de dissuasion à partir de 1967 et jusqu'à la fin de la guerre froide.

La « force de frappe » française[modifier | modifier le code]

Articles détaillés : Force de dissuasion nucléaire française, Histoire du programme nucléaire militaire de la France, Essais nucléaires français, Force océanique stratégique et Forces aériennes stratégiques.

La décision de fabriquer des armes nucléaires est prise en 1954 par Pierre Mendès France[42]. Lors de son retour au pouvoir en 1958, le général de Gaulle accélère le programme nucléaire afin de doter rapidement la France d'une force de frappe conçue en application de la théorie de la « dissuasion du fort au faible », qui soit indépendante de l'Alliance atlantique sous contrôle complet des États-Unis pour tout ce qui touche au nucléaire, et qui constitue une réponse aux doutes existant sur la capacité et la volonté des États-Unis de réagir par tous les moyens à une invasion soviétique, à un moment où ils sont embourbés dans la guerre au Viêt Nam et où les capacités de représailles de l'URSS sont devenues très réelles. De Gaulle synthétise sa vision de la nécessaire indépendance de la France en matières de politique extérieure et de défense dans son allocution du 27 avril 1965[43].

Théorisée notamment par le général Gallois, la doctrine de « dissuasion du fort au faible » repose sur l'idée que le fait de pouvoir infliger à un adversaire même beaucoup plus puissant des dommages largement supérieurs à l'avantage qu'il retirerait d'une invasion ou d'une atteinte aux intérêts vitaux est à même de le dissuader. De Gaulle traduit en termes très concrets cette théorie en disant « Dans dix ans, nous aurons de quoi tuer 80 millions de Russes. Eh bien je crois qu'on n'attaque pas volontiers des gens qui ont de quoi tuer 80 millions de Russes, même si on a soi-même de quoi tuer 800 millions de Français, à supposer qu'il y eût 800 millions de Français[44]. » Cette stratégie implique de doter la France d'une capacité de seconde frappe anti-cités. Dans cette logique, la force de frappe française se met en place au cours des années 1960 selon le schéma de la triade, associant trois types de vecteurs : les avions porteurs d'armes nucléaires (1964), les missiles basés à terre (1971), et les missiles lancés depuis des sous-marins (1971), dans le but de garantir la capacité de riposte après une éventuelle attaque surprise. Les ressources limitées d'une puissance moyenne comme la France imposent que le programme nucléaire permette d'atteindre un niveau juste suffisant pour rendre crédible la dissuasion, ce qui a pour conséquence le refus de la France de participer aux négociations de réduction des armements nucléaires menées par les deux Grands.

Impact de l'arme nucléaire sur les relations internationales et les stratégies militaires[modifier | modifier le code]

Des réflexions intenses s'instaurent dès 1945 pour évaluer l'impact de l'arme nucléaire sur les relations internationales et sur les stratégies militaires. Les débats stratégiques existent tant aux États-Unis qu'en Union Soviétique. Ils sont en partie publics, notamment aux États-Unis, mais aussi très largement secrets parce qu'ils touchent à des questions fondamentales de sécurité des États et parce que la notion de doute est au cœur même du concept de dissuasion. Les Américains les conduisent partiellement publiquement en raison des exigences du fonctionnement d'une démocratie et d'autre part car les questions de sécurité en Europe, centrales dans ces débats, impliquent obligatoirement des négociations avec les alliés européens ; cependant les plans militaires précis sont restés secrets pendant très longtemps et les prises de positions divergentes, parfois traduisant une posture offensive vis-à-vis de l'Union Soviétique font que ses dirigeants sont largement persuadés d'un risque fort d'une attaque préventive par les États-Unis. Côté soviétique, le maréchal Sokolovsky publie en 1962 un document sur la "Stratégie Militaire Soviétique" qui pour la première fois donne aux occidentaux une information officielle et détaillée de leur vision.

Ces débats ne sont pas l’apanage des seuls militaires, les politiques mais aussi, chose plus nouvelle, des scientifiques s'en emparent. Aux États-Unis, l'exemple le plus connu est celui du laboratoire RAND qui fournit des contributions majeures à ces réflexions et à l'éclosion des théories les plus importantes des années 1950 et 1960. L'adaptation de la théorie des jeux au contexte des relations internationales est à cet égard illustrative de la quête de réponses scientifiquement incontestables et par conséquent solides face à l'angoisse réelle qui entoure toutes ces questions dans les gouvernements, les médias et les populations.

Avec l'arme nucléaire, l'humanité possède une arme dont elle a vite pris conscience de son caractère entièrement nouveau et qu'elle peut la détruire. Cette situation et le fait qu'à ce jour elle n'a jamais été utilisée dans un contexte d'affrontement entre deux puissances la possédant, génèrent d'intenses réflexions tout au long de la guerre froide sur son utilisation politique et militaire, sur sa légitimité morale et juridique et sur son contrôle ou son élimination. Ces réflexions s'articulent autour de quatre grands axes :

Le général Curtis E. LeMay dirige le SAC de 1948 à 1957, dont il renforce considérablement les moyens
Herman Kahn

Stratège et futurologue, ayant travaillé à la RAND et au Hudson Institute, a publié en 1960 un essai On thermonuclear war qui envisage les conséquences de la possibilité bien réelle selon lui d'une guerre thermonucléaire entre les États-Unis et l'URSS
Ce graphique montre la montée vertigineuse de la puissance des armes nucléaires à partir du milieu des années 1950, liée à l'aboutissement des recherches sur la bombe H permettant son déploiement opérationnel massif.
Signature de l'accord entre Ford et Brejnev à l'issue du sommet de Vladivostok
Le test de la première bombe H britannique à proximité de l'Île Christmas le 31 mai 1957 présenté dans un film d'actualité. Dans les faits, la fusion se passa mal entrainant une puissance moindre que prévu.
Consultants à la RAND, Bernard Brodie auteur de Strategy in the Missile Age (1959) et Albert Wohlstetter auteur de The Delicate Balance of Terror (1958) ont fortement contribué à la définition des stratégies de dissuasion nucléaire dans les années 1950 et 1960.
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